La concurrence croissante du TGV
et des « low-cost » conduira à de nouvelles
suppressions de fréquences et de lignes au départ
des régions françaises, avec à la clef la réduction
d'un quart des effectifs en escale.
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Si le trafic global du groupe Air
France-KLM devrait poursuivre sa croissance dans les
prochaines années, l'activité des escales de
province d'Air France continuera à décliner. Et,
avec elle, le nombre des vols intérieurs et des
emplois en province. C'est ce qui ressort d'un
document interne intitulé « Perspectives d'activité
de la direction des escales France (DEF) », présenté
le 27 février au comité central d'entreprise. Selon
ce document, qui porte sur la période 2008-2018, la
concurrence tant du TGV que des compagnies à bas
coûts et les contraintes environnementales
conduiront à des fermetures de lignes et à la
réduction des fréquences vers les régions françaises.
Avec pour corollaire la disparition d'un millier
d'emplois dans les escales de province d'ici à 2017,
sur un effectif actuel de 3.992 équivalent temps-plein.
Le programme d'été 2008, qui
démarrera le 31 mars, verra ainsi la fermeture
d'Orly-Rennes, d'Orly-Lyon et d'Orly-Avignon (à fin
août), ainsi que la suppression de deux fréquences
quotidiennes sur Orly-Marseille. L'offre globale
restera néanmoins stable, à 0,1 %, grâce à l'ajout
de quelques vols sur le « hub » de Roissy-CDG,
notamment au départ de Lyon. Mais, à plus long terme,
la baisse d'activité ira en s'amplifiant, avec
l'accélération des temps de trajet du TGV vers
Montpellier en 2013, Strasbourg en 2015 et Bordeaux
et Toulouse en 2016. Selon les projets évoqués en
interne - mais non confirmés par la direction qui
évoque de « simples hypothèses » -,
Strasbourg pourrait ainsi perdre sa liaison sur Orly
à l'horizon 2015-2016, de même que Bordeaux, dont le
trafic fondrait de 40 % dès 2013. Toulouse pourrait
voir le nombre de ses navettes divisé par deux, avec
un trafic en baisse 30 % dès 2013. Le trafic entre
Paris et Marseille, Montpellier et Toulon devrait
également reculer d'au moins 20 %. A l'horizon 2017,
seule Nice - et évidemment la Corse - échapperait
ainsi à l'effet TGV.
Éviter des licenciements
Les départs naturels permettront
cependant d'éviter des licenciements, affirme la
direction d'Air France, qui espère parvenir à un
accord avec les syndicats. « C'est pour nous y
préparer que nous avons voulu les informer, afin de
mettre en place des solutions contractuelles, comme
nous l'avions fait dès 2004 pour préparer l'arrivée
du TGV à Strasbourg », explique un responsable
des ressources humaines.
Mais, pour l'heure, les
principales organisations de personnel d'escales,
comme la CGT et FO, se refusent à valider une
stratégie revenant, selon l'expression de la CGT,
« à céder du tarmac à la concurrence ».
A l'appui de sa thèse, la
direction d'Air France avance d'abord un bilan. Sur
les dix dernières années - soit depuis l'absorption
d'Air Inter en 1997 -, l'activité des escales de
province a augmenté de 6 % seulement, alors que dans
le même temps les effectifs progressaient de 35 %,
entraînant une hausse des coûts unitaires de 67 %.
Résultat : « Le coût unitaire moyen des escales
Air France ressort 2,5 fois plus élevé que celui des
chambres de commerce », souligne l'étude. La
concurrence du TGV a fortement impacté les lignes
« radiales » Orly-province. Mais l'augmentation
des coûts aéroportuaires a aussi contribué, pour 50
% selon Air France, à l'augmentation des coûts par
siège.
Cependant, la forte augmentation
des tarifs, estimée à 35 % sur cinq ans, associée
aux efforts de production, aurait permis de
compenser cette envolée. Avec toutefois pour
conséquence un « glissement de la clientèle haute
contribution vers la basse contribution »,
apparemment accepté par la compagnie.
BRUNO TRÉVIDIC